Deuxième exode : 15 janvier 1945
Pendant leur retour de Haute-Vienne, les habitants d'Offendorf se rendirent compte que leur nationalité avait une fois de plus changé.
Après avoir retrouvé leur village, ils ont commencé à réparer les dégâts et dégradations subis, à défricher les terres agricoles restées inexploitées pendant leur absence. Leurs propriétés avaient surtout subi des pillages.
S'en est suivi, comme pour toute la région, la période de l'incorporation de force, Arbeitsdienst, le tout sous le joug de l'administration et des forces militaires nazies.
Le 24 novembre 1944, 3 chars éclaireurs des troupes du Maréchal Leclerc firent leur apparition à l'entrée du village. Cet événement fût fêté comme il se doit, mais le lendemain, une fois les chars repartis, le village fût encerclé par un détachement de SS. Toute fuite était impossible, en partie aussi à cause d'une très forte crue du Rhin, la forêt étant à ce moment inondée. Avec soulagement pour les habitants, les SS quittèrent Offendorf le 7 décembre.
Le 10 décembre, une nouvelle lueur de libération se présente avec l'arrivée de FFI et du Général Patch de l'armée américaine. Les soldats américains prennent leurs quartiers chez les habitants d'Offendorf, les FFI à l'école et un PC est installé rue du Cimetière.
Pourtant ces troupes d'espoir se retirent aux premières heures de l'année 1945. Le 5 janvier, l'opération Nordwind est lancée par l'armée allemande. Pendant cette attaque, plusieurs habitants et soldat meurent sous les balles et les obus. Le 6 janvier, les Allemands organisent une rafle dans toutes les maisons d'Offendorf suite aux gestes de plusieurs tireurs isolés qui tuent plusieurs soldats Allemands. Une grande partie des hommes est enfermée dans l'église, mais d'ardues négociations menées auprès des autorités allemandes permettent de les libérer.
Le 15 janvier 1945, les Allemands ordonnent l'évacuation du village. En peu de temps, tous les habitants doivent se rendre sur les berges du Rhin, d'où, sous les bombardements, ils sont transférés quelques heures plus tard en Allemagne par barges. Le calvaire subi à ce moment-là était indescriptible ; froid, abris provisoires, à 10 dans une pièce à même le sol et manquant de tout.
Le témoignage d'une habitante qui avait 36 ans à l'époque a été relaté en ces termes : "J'ai été réquisitionnée comme bonne dans un restaurant à Achern. Je devais travailler dur à la cuisine, je récurais et nettoyais tout du sol au plafond, sous les menaces et parfois les coups de la patronne. Nous ne recevions presque rien à manger. Nous devions dormir dans une écurie sur de la paille et le manque d'hygiène nous faisait également souffrir. Nous ne nous plaignions pas trop, d'autres gens étaient dans des situations pires que la nôtre."
Grâce à l'avancée des troupes alliées, les habitants d'Offendorf pourront retrouver leur village presque entièrement détruit suite à d'intenses bombardements fin avril 1945.